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Groupes militants

Portraits de jeunes militantes : des Greta avant Greta ?

Depuis plus d’un an, de nombreuses figures militantes écologistes sont apparues dans la sphère médiatique. Qui sont-elles ? Des Greta Thunberg en devenir ? C’est ce que semble vouloir présenter l’algorithme de Google et les médias, qui d’après nos recherches, voient dans ces figures militantes de nouvelles Greta Thunberg polonaise, pakistanaise, américaine, ou encore thaïlandaise. Qui sont-elles réellement ? Quels sont leurs combats ? Voici les quelques portraits de ces jeunes femmes du monde engagées contre la destruction humaine et pour la protection de la planète : des Greta avant Greta.

1) Severn Cullis-Suzuki

Severn Cullis-Suzuki prononce son discours devant l’assemblée du Sommet de la Terre à Rio en 1992. / Libération.fr.

Née au Canada en 1979, Severn Cullis-Suzuki est surtout connue pour son discours prononcé lors du Sommet de la Terre qui s’était tenu à Rio de Janeiro en 1992. Un discours et une vidéo célèbres et ovationnés par l’assemblée puis par le public dont certaines phrases devenues symboliques comme « Ce que vous faites me fait pleurer la nuit. » nous rappelle aujourd’hui celles de Greta Thunberg. Peut être était-ce là le premier « How dare you ? » de l’histoire ?

« À l’école, même au jardin d’enfants, vous nous apprenez à nous comporter, à ne pas nous battre, à respecter les autres, à nettoyer ce que nous avons dérangé, à ne pas blesser d’autres créatures, à partager sans avarice. Alors, pourquoi faites-vous les choses que vous nous dites de ne pas faire ? Je vous mets au défi, s’il vous plaît, faites que vos actions reflètent vos mots. »

Ainsi et alors qu’elle n’a que 12 ans, Severn Cullis-Suzuki devient la première jeune militante écologiste bien avant la jeune suédoise. Aujourd’hui devenue mère et âgée de 41 ans, la canadienne n’abandonne pas ses promesses et continue sont combat notamment à travers la création et la réalisation d’un programme télévisuel pour enfant nommé Suzuki’s Nature Quest diffusé au Canada, mais également à travers les conférences qu’elle présente dans le monde.

2) Luisa-Marie Neubauer

La jeune activiste allemande prononce un discours lors de la marche pour le climat organisée le 5 mars 2019. / Ze.tt

Ambassadrice de ONE, une organisation non gouvernementale qui lutte contre la pauvreté et les maladies évitables en Afrique, Luisa Neubauer est aussi connue comme étant une figure écologiste célèbre en Allemagne et dans le monde. La jeune femme est surtout connue dans les médias pour sa parole vive et franche. Une arme qu’elle n’hésite pas à utiliser contre les dirigeants de l’Allemagne qui se refusent encore à la fermeture des centrales de charbon et qu’elle accuse de ne pas respecter les Accords de Paris signés à New York en 2016 : « Si l’humanité veut limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré, nous n’avons qu’un budget d’émission global de 380 gigatonnes de CO2. Si nous continuons comme ça, nous aurons utilisé ce budget en Allemagne dans neuf ans et demi. Malgré tout, M. Altmaier a l’intention de permettre aux centrales au charbon de fonctionner jusqu’en 2038. Cela n’est pas conforme à l’Accord de Paris ». Née en 1996, cette activiste de 23 ans n’en finit pas de s’engager dans des combats et des actions pour la protection de l’environnement et par conséquent, pour celle des générations futures.

Beaucoup de gens plus âgés, en particulier ceux aux positions de pouvoir, se sont installés dans la crise climatique. Cette crise est aussi un conflit de génération.

Lemonde.fr

3) Vanessa Nakate

Cette jeune ougandaise, engagée depuis 2018 dans la lutte contre le changement climatique et aussi la créatrice et fondatrice du mouvement Rise Up et de l’organisation Youth For Future Africa. Ses actions, portées par sa volonté de donner un avenir aux jeunes générations africaines, œuvrent pour la protection de la faune et de la flore africaine mais également dans le but de donner un accès à l’eau potable à toute la population. Principalement engagée dans la protection de la forêt tropicale du Congo, Vanessa Nakate est aujourd’hui célèbre sur les réseaux sociaux, devenus son seul tremplin pour son message. Mais dernièrement, elle fût aussi la victime de la censure du monde médiatique. En effet, étant pourtant présente lors du Forum de Davos ce 24 janvier 2020, son visage fût coupé et enlevé du cadre d’une photo officielle montrant des jeunes militantes blanches dont Greta Thunberg. Seule jeune ougandaise et africaine, Vanessa Nakate ne s’est pas laissée faire et a déclaré : « L’Afrique est le dernier émetteur de gaz à effet de serre. Mais nous sommes les plus touchés par la crise climatique. Que vous effaciez nos voix ne changera rien. Que vous effaciez notre histoire ne changera rien. Est-ce que ça veut dire que je n’ai pas de valeur en tant qu’activiste africaine ? Ou que les Africains n’ont pas du tout de valeur ? » ; suivi de près par un message à l’agence de presse dépositaire de la photo : « Mon message pour AP est que les activistes africains et les personnes de couleur ont besoin d’être respectés. Mais c’est valable pour tous les médias qui font ça, car personne ne s’élève contre ce genre de pratique. » d’après l’article du journal Le Monde.

4) Marie-Claire Graf

Jeune activiste, engagée pour le climat, Marie-Claire Graf est une figure reconnue en Suisse pour ses actions militantes. / News.un.org

Cette jeune femme, originaire de Suisse, est devenue dernièrement une figure centrale dans son pays, en Europe et dans le monde de par sa participation au Sommet des Nations Unies de New York le 21 septembre dernier. Pour cause, l’organisation avait invité près de 500 jeunes militant.es représentant chacun.e leur pays, leur nation et leur génération. Marie-Claire Graf était donc présente pour représenter la parole de la jeune génération suisse lors de cette Assemblée. « Pour moi, le message le plus urgent est de rappeler que nous faisons face à une catastrophe, une crise climatique. Nous allons donc accélérer les actions de mobilisation, très rapidement » explique-t-elle aux journalistes de l’ONU Info. Plus centralement en Suisse et depuis trois ans, ses actions sont construites de par l’importance qu’elle accorde à l’éducation des générations futures sur des sujets vitaux comme celui de la protection de l’environnement. Elle est aussi l’initiatrice du mouvement Friday For Future en Suisse, qu’elle nommera plutôt « Grève de l’école pour le climat ».

Nous ne pouvons pas continuer à faire passer le profit économique avant la santé de la planète et des gens. Il faut un changement substantiel de système et de mentalité. Un tournant radical ? Peut-être. Mais la destruction de la planète est aussi une chose radicale.

Swissinfo.ch

5) Malala Yousafzai

Malala Yousafzai avec sa médaille du Prix Nobel de la paix en 2014. / Philadelphia Inquirer.com

Avant celle de l’adolescente suédoise Greta Thunberg, la figure de Malala Yousafzai est sûrement la plus célèbre et la plus symbolique du combat des jeunes générations. Pour cause, cette jeune femme pakistanaise de 22 ans fût la première femme de son pays à remporter le Prix Nobel de la paix en octobre 2014 alors qu’elle n’est âgée seulement de 17 ans. Née à Mingora en 1997, Malala Yousafzai milite pour les droits des femmes et s’oppose à l’esclavagiste des talibans qui interdisent l’accès à l’éducation aux filles et ce, dès son plus jeune âge. Elle écrit pour la BBC à 12 ans et crée sa fondation éponyme à 15 ans pour reconstruire les écoles détruites par la guerre. Après une tentative d’assassinat le 9 octobre 2012, la jeune femme blessée est conduite en Angleterre où elle y est soignée et protégée. Cette acte des talibans lui construit un nom et transforme son visage en un symbole militant fort et courageux d’une manière internationale mais surtout à travers les réseaux sociaux. Aujourd’hui étudiante à l’université d’Oxford, Malala est considérée comme une véritable icône du mouvement pour la paix et pour les droits des femmes dans le monde. Elle continue également son combat contre la fabrication des armes chimiques au côté de l’institution internationale de l’Organisation pour l’interdiction des Armes Chimiques (OIAC) créée en 1997. Une année devenue elle aussi, symbolique.

6) Nojoud Ali

Alors âgée de 10 ans, Nojoud Ali milite contre le mariage forcé dans son pays. / Le Point.fr

Dans les pas de Malala Yousafzai pour les droits des femmes, nous retrouvons ceux de la jeune yéménite Nojoud Ali qui lutte et milite contre le mariage forcé. En effet, alors qu’elle vient de fêter ses 10 ans, la jeune fille est mariée de force par sa famille à un homme qu’elle ne connaît pas et décide de demander le divorce. Aidée de son avocate, Chadha Nasser, elle-même figure féministe et militante pour les droits des femmes, Nojoud réussit à obtenir son divorce et à devenir une figure et un symbole yéménite. Elle s’oppose radicalement aux traditions tribales de son pays, une société archaïque et patriarcale qui autorise le mariage forcé des jeunes filles à partir de 15 ans (Nojoud n’en avait que 10). En 2008, Nojoud Ali décide d’écrire, soutenue par la journaliste Delphine Inoui. En résulte un roman autobiographique de 188 pages dans lesquelles elle décrit son combat. Publié en 2009, ce livre est devenu aujourd’hui une preuve iconique de son courage qu’elle conserve et partage encore à 22 ans en tant que femme et étudiante en droit.

Quand je serai grande, je veux défendre les gens opprimés. Comme Chadha !

Le Figaro.fr

8) Emma Gonzalez

Emma Gonzalez rend hommage aux lycéen.nes de Parkland tué.es lors de la fusillade du 14 février 2018. / Information.tv5monde.com

Célèbre aux États-Unis pour son engagement contre la production et l’utilisation légale des armes à feu, Emma Gonzalez est connue comme étant une figure militante mais surtout comme une rescapée. En effet, la lycéenne réussit à sortir vivante de son établissement lors de la fusillade du 14 février 2018 dans son lycée de Parkland. Un mois après la tragédie, elle rend hommage à ses ami.es disparu.es à la tribune de Washington dans un discours percutant décrivant le massacre de la tuerie. Cette jeune américaine de 21 ans, devenue maintenant icône, avait déjà tenté d’interpeller la Maison blanche trois jours après l’attentat qui a tué 17 lycéen.nes : « Si le président me dit en face que c’est une terrible tragédie et qu’on ne peut rien y faire, je lui demanderai combien il a touché de la National Riffle Association (NRA). Moi, je le sais : 30 millions de dollars. (…) À tous les hommes politiques ayant reçu des dons de la NRA, honte à vous ! » d’après le journal TV5 Monde. Aujourd’hui, Emma Gonzalez et ses camarades ont créé un mouvement solidaire, March for our lives, dans le but de demander une plus grande régularisation des armes à feu. D’origine cubaine, la jeune militante n’en est pas à son premier combat puisqu’elle revendique également et ouvertement sa bisexualité dans une société qui peine à ouvrir son regard sur les différences. « J’ai 18 ans, je suis cubaine et bisexuelle. » marque le début de son discours à Washington comme celui de son statut de porte-parole.

Les portes-paroles des jeunes générations ne manquent pas dans le monde, et ils et elles ne s’appellent pas Greta Thunberg. Voici leur message :


Lina Godet