{"id":75,"date":"2021-02-01T12:09:00","date_gmt":"2021-02-01T11:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/?p=75"},"modified":"2021-03-25T13:40:54","modified_gmt":"2021-03-25T12:40:54","slug":"confident-royal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/2021\/02\/01\/confident-royal\/","title":{"rendered":"\u201cVictoria &#038; Abdul\u201d ou l\u2019imp\u00e9rialisme colonial version 2017"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-cover has-background-dim\" style=\"background-image:url(https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/02\/banniere-spoiler.jpg)\"><div class=\"wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"text-align:center\">ATTENTION SPOILERS !<\/h2>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">Il est encore temps de faire demi-tour&#8230;<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Bienvenue dans l&rsquo;intimit\u00e9 de la souveraine du plus grand empire colonialiste du XIX\u00e8me si\u00e8cle remis au go\u00fbt du jour en 2017 par Stephen Frears dans un film au rayonnement international (notamment disponible jusqu\u2019au 12 avril 2021 sur Netflix). <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes 70 ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Inde (1947) et la blessure des crimes coloniaux est encore profonde <a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/monde\/asie\/un-depute-indien-demande-des-reparations-pour-la-colonisation-britannique_1701134.html \">entre l&rsquo;Inde et le Royaume-Uni<\/a>. Mais dans le d\u00e9cor de l&rsquo;imp\u00e9rialisme colonial britannique, Stephen Frears pr\u00e9f\u00e8re nous plonger une nouvelle fois dans un drame de la famille royale britannique (apr\u00e8s son film <em>The Queen<\/em>, de 2006) : la relation intime et historiquement scandaleuse de la reine Victoria et Abdul Karim. Ce film britannique \u201c<em>inspir\u00e9 de faits r\u00e9els&#8230; pour l\u2019essentiel<\/em>\u201d est une ode \u00e0 la tol\u00e9rance et au multiculturalisme. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous suivons pendant 1h52 le p\u00e9riple d&rsquo;Abdul Karim au d\u00e9part de l&rsquo;Inde pour l&rsquo;Angleterre en 1887 jusqu&rsquo;\u00e0 son retour d\u00e9finitif dans son pays d&rsquo;origine en 1901.<\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/uploads.knightlab.com\/storymapjs\/0ddcc278fc5042305ca57fab62d900b9\/victoria-abdul-ou-se-passe-lintrigue\/draft.html\" width=\"100%\" height=\"800\" frameborder=\"0\"><\/iframe>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Repr\u00e9sentations et st\u00e9r\u00e9otypes des personnages : mise en r\u00e9cit d&rsquo;une histoire vraie<\/h1>\n\n\n\n<p>Usant de techniques cin\u00e9matographiques qui dramatisent le r\u00e9cit, ce film donne \u00e0 voir des personnages st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, ancr\u00e9s dans des r\u00f4les pr\u00e9cis et un monde manich\u00e9en. Stephen Frears d\u00e9peint un pass\u00e9 colonialiste o\u00f9 l&rsquo;imp\u00e9ratrice des Indes, multiculturaliste et fascin\u00e9e par l\u2019exotisme, n\u2019endosse pas les crimes coloniaux de son Empire en Inde, o\u00f9 un indien musulman et fils de roturier est totalement d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 elle, o\u00f9 la maison royale est raciste, cruelle et avide de pouvoir\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Connaissez-vous le fameux triangle Pers\u00e9cuteur-Victime-Sauveur ? En fait, le r\u00e9cit est bas\u00e9 sur une logique narrative tr\u00e8s commune dans le cin\u00e9ma et le chercheur Stephen Karpman a appel\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne le \u201c<em>triangle dramatique<\/em>\u201d. Ce triangle caract\u00e9rise trois types de r\u00f4les : le Pers\u00e9cuteur, le Sauveur et la Victime. Il est dramatique parce qu\u2019il \u201c<em>met en sc\u00e8ne la violence<\/em>\u201d comme l\u2019explique le chercheur <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-nouvelle-revue-theologique-2019-3-page-466.htm\">Pascal Ide<\/a>. Il est repr\u00e9sent\u00e9 ainsi :<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/02\/triangle-karpman-1024x766.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1145\" width=\"512\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/02\/triangle-karpman-1024x766.jpg 1024w, https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/02\/triangle-karpman-300x225.jpg 300w, https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/02\/triangle-karpman-768x575.jpg 768w, https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/02\/triangle-karpman-400x299.jpg 400w, https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/02\/triangle-karpman.jpg 1165w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><figcaption>S. Karpman, \u00ab Fairy tales and script drama analysis \u00bb, Transactional analysis Bulletin 7\/26 (1968), p. 39-43. <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Donc le Pers\u00e9cuteur c\u2019est \u00ab\u00a0<em>celui qui fait la violence<\/em>\u00ab\u00a0, le Sauveur c\u2019est \u00ab\u00a0<em>celui qui soigne la violence<\/em>\u00a0\u00bb et la Victime c\u2019est \u00ab\u00a0<em>celui qui subit la violence<\/em>\u00ab\u00a0. La construction du r\u00e9cit de<em> Victoria &amp; Abdul<\/em> est bas\u00e9e sur ce syst\u00e8me de r\u00f4les qui participe \u00e0 l\u2019\u00e9dification des repr\u00e9sentations, des st\u00e9r\u00e9otypes et d\u2019un monde manich\u00e9en au sein du film. Cet angle d&rsquo;analyse va permettre d&rsquo;\u00e9clairer l&rsquo;orientation id\u00e9ologique, toile de fond de ce film datant de 2017.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Victoria : l\u2019imp\u00e9ratrice des Indes en avance sur son temps #sauveuse<\/h3>\n\n\n\n<p>\u201c<em>Crapauds hideux, racistes !<\/em>\u201d Une r\u00e9plique \u00e0 l\u2019image de la reine Victoria sortie du film <em>Victoria &amp; Abdul<\/em> de Stephen Frears. En avance sur son temps, l\u2019imp\u00e9ratrice des Indes jou\u00e9e par Judi Dench est repr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tant une reine \u00e0 la vision anti-raciste et multiculturaliste, fascin\u00e9e par l\u2019exotisme d\u2019Abdul. Fatigu\u00e9e par son \u00e2ge et sa fonction mais autoritaire, elle tient aupr\u00e8s de lui le r\u00f4le de sauveuse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle d\u00e9fend avec vigueur Abdul face \u00e0 l\u2019aigreur de la maison royale \u00e0 multiples reprises et va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 insulter de \u201c<em>racistes<\/em>\u201d sa cour. Elle a \u00e9galement envie d\u2019en conna\u00eetre davantage sur l\u2019Inde et d\u2019int\u00e9grer la culture d\u2019Abdul dans son quotidien. L\u2019imposition de la langue du colonisateur, l\u2019anglais ici, n\u2019existe plus dans cette relation. C\u2019est pourtant un des constats historiques de l&rsquo;imp\u00e9rialisme comme le d\u00e9nonce <a href=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/2021\/02\/01\/auslander-de-rammstein-une-provocation-a-message\/\">le clip <em>Ausl\u00e4nder<\/em> de Rammstein<\/a> : l\u2019imposition de la langue par les colonisateurs au peuple colonis\u00e9. Ici Stephen Frears nous montre une imp\u00e9ratrice des Indes qui se met \u00e0 apprendre et \u00e0 parler et \u00e9crire la langue musulmane d\u2019Inde, l\u2019<em>ourdou<\/em>, le peuple dont elle est la figure de proue de l&rsquo;oppression. Aussi, on voit la culture indienne et musulmane prendre une place importante \u00e0 la maison royale, autant par l\u2019omnipr\u00e9sence d\u2019Abdul et sa famille que par la reine qui d\u00e9die un couloir et une salle de l\u2019Osborne House \u00e0 la culture de l\u2019Inde.&nbsp;Tol\u00e9rante et sans pr\u00e9jug\u00e9e, elle accueille chaleureusement la femme d\u2019Abdul int\u00e9gralement voil\u00e9e comme devant \u00eatre \u201c<em>assur\u00e9ment une beaut\u00e9<\/em>\u201d. Son caract\u00e8re bien tremp\u00e9 de femme au pouvoir cohabite avec ses airs na\u00effs, curieux et \u00e9merveill\u00e9s par l\u2019exotisme d\u2019Abdul et de son pays d\u2019origine dont elle est la colonisatrice. <\/p>\n\n\n\n<p>\u201c<em>C\u2019est une position peu envieuse<\/em>\u201d dit-elle \u00e0 Abdul pour lui exprimer sa fatigue du pouvoir. Lasse des obligations qu&rsquo;implique son r\u00f4le de souveraine et seule apr\u00e8s la mort de son mari et de son favori John Brown, elle trouve chez Abdul la joie de vivre et la libert\u00e9 dont elle r\u00eave. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, sa fonction de reine est d\u00e9sacralis\u00e9e dans ce film pour laisser place \u00e0 un personnage humanis\u00e9 par le fait que son intimit\u00e9 et ses \u00e9motions soient sur le devant de la sc\u00e8ne.<strong> <\/strong>Finalement ce film s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e d\u2019autres \u0153uvres cin\u00e9matographiques inspir\u00e9es de faits r\u00e9els qui parlent de la royaut\u00e9 britannique telles que Le <a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/film\/fichefilm_gen_cfilm=175305.html\"><em>Discours d\u2019un roi<\/em><\/a> (2011, r\u00e9alis\u00e9e par Tom Hooper), <a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/film\/fichefilm_gen_cfilm=109086.html\"><em>The Queen<\/em><\/a> (2006, r\u00e9alis\u00e9e par Stephen Frears) ou la s\u00e9rie <a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19565264&amp;cserie=17598.html\"><em>The Crown<\/em><\/a> (2016 \u00e0 2020, r\u00e9alis\u00e9e par Peter Morgan). On constate que la monarchie britannique int\u00e9resse nombre de cin\u00e9astes. Ces \u0153uvres ont tous la particularit\u00e9 d&rsquo;humaniser la maison royale. Ils montrent la fragilit\u00e9, les probl\u00e8mes familiaux, les \u00e9motions ou encore le quotidien intime, hors des c\u00e9r\u00e9monies officielles.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc une imp\u00e9ratrice des Indes du XIX\u00e8me si\u00e8cle progressiste, solitaire, fatigu\u00e9e de sa fonction de monarque et enjou\u00e9e par \u00ab\u00a0<em>son munshi<\/em>\u00a0\u00bb que nous montre Stephen Frears. Ce personnage nous fait oublier les rapports de force entre colons et colonis\u00e9s \u00e0 cette \u00e9poque. Elle nous renvoie davantage \u00e0 nos probl\u00e9matiques culturelles actuelles autour de l&rsquo;islamophobie et du port de la burka. Et devant nos \u00e9crans, on l\u2019aime, on l\u2019admire et on pleure sa mort.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image centre\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/media.giphy.com\/media\/3ohjV5Zq8awODwfoLm\/giphy.gif\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La maison royale : les colonisateurs racistes et antipathiques #pers\u00e9cuteurs<\/h3>\n\n\n\n<p>\u201c<em>Toujours \u00e0 flatter [&#8230;] pour se placer<\/em>\u201d se confie la reine Victoria \u00e0 Abdul lors d\u2019un t\u00eate \u00e0 t\u00eate \u00e0 Glassalt Shiel (domaine de Balmoral en \u00c9cosse). Vous l\u2019avez compris, la reine ne supporte pas sa cour, et il y a de quoi !<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long du film, la maison royale v\u00eatira le r\u00f4le de pers\u00e9cuteur. Elle est repr\u00e9sent\u00e9e par une poign\u00e9e de personnages : le fils de la reine Bertie (Eddie Izzard), le Premier Ministre Lord Salisbury (Michael Gambon), Lady Churchill (Olivia Williams), Sir Henry Ponsonby (Tim Pigott-Smith), Miss Phipps (Fenella Woolgar), Alick Yorke (Julian Wadham), Dr James Reid (Paul Higgins), le commandant Bigge (Robin Soans). C\u2019est simple : tous les personnages du film de la maison royale sont des colons racistes, imp\u00e9rialistes, dominants, intol\u00e9rants, stigmatisants et jaloux de la r\u00e9ussite d\u2019Abdul, indien musulman fils de roturier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image centre\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/media.giphy.com\/media\/RG4IXFG1YmLOU\/source.gif\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>L\u2019intrigue croustillante se met en place : le bien contre le mal, la reine Victoria contre la maison royale. Cette vision manich\u00e9enne d\u2019un \u00e9pisode historique de l\u2019Empire britannique efface toute nuance dans la repr\u00e9sentation des personnages. On se retrouve du c\u00f4t\u00e9 de la reine et d\u2019Abdul qui, par leurs r\u00f4les de sauveur et victime, viennent souligner le comportement insupportable et antipathique de la maison royale pers\u00e9cutrice. Par ce r\u00f4le de pers\u00e9cuteur antipathique, les personnages de la maison royale d\u00e9nigre finalement le racisme et l&rsquo;intol\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"container-wrapper-genially\" style=\"position: relative; min-height: 400px; max-width: 100%;\"><video class=\"loader-genially\" autoplay=\"autoplay\" loop=\"loop\" playsinline=\"playsInline\" muted=\"muted\" style=\"position: absolute;top: 45%;left: 50%;transform: translate(-50%, -50%);width: 80px;height: 80px;margin-bottom: 10%\"><source src=\"https:\/\/static.genial.ly\/resources\/panel-loader-low.mp4\" type=\"video\/mp4\">Your browser does not support the video tag.<\/video><div id=\"60564a7f696ad40d92915501\" class=\"genially-embed\" style=\"margin: 0px auto; position: relative; height: auto; width: 100%;\"><\/div><\/div><script>(function (d) { var js, id = \"genially-embed-js\", ref = d.getElementsByTagName(\"script\")[0]; if (d.getElementById(id)) { return; } js = d.createElement(\"script\"); js.id = id; js.async = true; js.src = \"https:\/\/view.genial.ly\/static\/embed\/embed.js\"; ref.parentNode.insertBefore(js, ref); }(document));<\/script>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Abdul : exotisme, racisme et jalousie #victime<\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est un \u201c<em>humble privil\u00e8ge de servir votre Majest\u00e9<\/em>\u201d dit sinc\u00e8rement Abdul \u00e0 la reine Victoria lors de leur premier \u00e9change dans le bureau de la reine \u00e0 Osborne House.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Jou\u00e9 par Ali Fazal, Abdul tient le r\u00f4le de la victime du triangle dramatique. Il est victime du racisme et de la jalousie des pers\u00e9cuteurs. Ce r\u00f4le de victime est aussi appuy\u00e9 par son comportement et son physique d\u2019ange. Il para\u00eet en effet plut\u00f4t na\u00eff, inoffensif, cultiv\u00e9 et tr\u00e8s religieux. C\u2019est un homme bon et un bel homme charismatique, <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/journal-hypotheses-2008-1-page-15.htm\">exotique<\/a> et qui s\u2019impose par sa grande taille. Sa d\u00e9votion pour la reine est si immense qu\u2019en tant que spectateur on ne peut qu\u2019admirer sa droiture et sa loyaut\u00e9. Ce personnage, forc\u00e9 de se rendre en Angleterre pour apporter le <em>mohur<\/em> \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratrice des Indes, se retrouve propuls\u00e9 au rang de <em>munshi<\/em>, professeur, de cette derni\u00e8re. Ce n\u2019est pas pour lui d\u00e9plaire puisque, compar\u00e9 \u00e0 son camarade Mohammed (Adeel Akhtar) qui l\u2019accompagne, Abdul estime que c\u2019est un \u201c<em>humble privil\u00e8ge de servir votre Majest\u00e9<\/em>\u201d. Pour autant, malgr\u00e9 son d\u00e9vouement infini, il subit les insultes et les niaiseries de la maison royale parce qu\u2019il vient du \u201c<em>sous-continent<\/em>\u201d et qu\u2019il est indien et musulman : \u201c<em>c\u2019est Ali Baba<\/em>\u201d, \u201c<em>ce bougre de malotru est bigame<\/em>\u201d, et j\u2019en passe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019oublions pas Mohammed, cet autre indien qui a accompagn\u00e9 Abdul en Angleterre. Il est l\u2019oppos\u00e9 d\u2019Abdul dans ce r\u00e9cit et n\u2019a pas la reine sauveuse \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, mais il n\u2019en reste pas moins une victime. Il n\u2019a pas le m\u00eame rang et comportement qu&rsquo;Abdul. On ne lui permet pas de rentrer en Inde alors qu\u2019il a le mal du pays et on ne le soigne pas alors qu\u2019il est tr\u00e8s malade. Il va mourir d\u2019ailleurs de sa maladie \u00e0 la fin du film. Ni Abdul qui devient son ma\u00eetre, ni la reine, ne viennent lui porter secours. Il aura tout au long du film le r\u00f4le du \u201c<em>petit<\/em>\u201d indien et domestique d\u2019Abdul alors qu\u2019ils \u00e9taient arriv\u00e9s \u00e9gaux en Angleterre. Il repr\u00e9sente \u00e9galement les indiens musulmans qui luttent et ha\u00efssent les colons britanniques qui ont envahi leur pays et impos\u00e9 leur culture : \u201c<em>huit mille kilom\u00e8tres pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019oppresseur du sous-continent indien<\/em>\u201d, \u201c<em>ils mangent du sang de porc<\/em>\u201d, \u201c<em>c\u2019est un pays de barbares<\/em>\u201d se plaint-il \u00e0 Abdul dans le bateau en route pour l\u2019Angleterre. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Un film biographique : entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction<\/h1>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0Inspir\u00e9 de faits r\u00e9els&#8230;\u00a0\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>\u201c<em>Inspir\u00e9 de faits r\u00e9els<\/em>\u201d, ce film est une adaptation du livre de Shrabani Basu, journaliste et historienne britannique, <em>Victoria and Abdul : The True Story of the Queen\u2019s Closest Confidant<\/em> (<em>Victoria et Abdul, l\u2019histoire vraie du plus proche confident de la Reine<\/em>) publi\u00e9 par la History Press en 2010. Shrabani Basu <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=-ahS94QYdfQ&amp;ab_channel=BonnieLauferKrebs\">a visit\u00e9 un jour l&rsquo;Osborne House<\/a>, la maison de vacances de la reine, et a remarqu\u00e9 le portrait d&rsquo;Abdul Karim dans le corridor indien. Il ressemblait \u00e0 un noble et cela l&rsquo;a beaucoup intrigu\u00e9 parce qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais entendu parler de lui. Elle a donc entam\u00e9 des recherches et a notamment retrouv\u00e9 les carnets intimes de la reine Victoria et d&rsquo;Abdul Karim, tous les deux \u00e9crits en ourdou, et des photos d&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;autrice <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=TooF5XxGeqI\">raconte<\/a> avoir \u00e9t\u00e9 combl\u00e9e par le sc\u00e9nario qu&rsquo;a propos\u00e9 Lee Hall. M\u00eame si certaines libert\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 prises par le sc\u00e9nariste, elle estime que c&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessaire pour un film de 1h52 de modifier un peu ce qu&rsquo;elle avait \u00e9crit dans son livre. N\u00e9anmoins, les faits historiques de la relation entre Abdul et Victoria ont bien \u00e9t\u00e9 respect\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Du point de vue esth\u00e9tique du film, la part de r\u00e9el de cette \u0153uvre cin\u00e9matographique se renforce d&rsquo;abord dans la mention \u00ab\u00a0inspir\u00e9e de faits r\u00e9els&#8230; pour l&rsquo;essentiel\u00a0\u00bb. On comprend de suite qu&rsquo;il y aura une part de v\u00e9rit\u00e9 dans les faits. Ensuite, on nous d\u00e9voile \u00e0 la fin une photo d&rsquo;archive d&rsquo;Abdul et la reine Victoria en nous expliquant que les carnets intimes de la reine et Abdul ont \u00e9t\u00e9  d\u00e9couvert seulement en 2010 et qu&rsquo;avant cela tout le monde avait oubli\u00e9  le <em>munshi<\/em> de la reine Victoria. On nous annonce aussi qu&rsquo;Abdul mourra quelques ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9galement, le r\u00e9alisateur a souhait\u00e9 coller esth\u00e9tiquement au plus pr\u00e8s de la p\u00e9riode historique dans laquelle ont v\u00e9cu Victoria et Abdul. Il a donc pris soin que les d\u00e9cors, les costumes, les maquillages et les r\u00e9pliques se situent \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle. On le voit ci-dessous avec le personnage de Bertie, le fils de la reine Victoria. \u00c0 gauche vous voyez une photo du vrai Bertie et \u00e0 droite une photo du Bertie du film interpr\u00e9t\u00e9 par Eddie Izzard. La ressemblance est plut\u00f4t frappante. <\/p>\n\n\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0&#8230;pour l&rsquo;essentiel.\u00a0\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, il y a bien \u00e9videmment le filtre d&rsquo;interpr\u00e9tation des acteurs qui vient biaiser la part de r\u00e9el. Nous n&rsquo;avons pas les r\u00e9els personnages historiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. Le caract\u00e8re des personnages historiques et les r\u00e9pliques sont mis en sc\u00e8ne. Aussi, il y a cette part fictive de mise en r\u00e9cit des faits historiques par le sc\u00e9nariste et le r\u00e9alisateur comme le dit plus haut Shrabani Basu. Pour aller encore plus loin, on ne peut pas savoir exactement ce qu\u2019ils ont fait ou dit en 1883, nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;archives film\u00e9es qui permettraient cela. Nous sommes loin du documentaire. C\u2019est n\u00e9cessairement romanc\u00e9 et fictionn\u00e9, il y a un \u00e9cart avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/www.rtbf.be\/culture\/cinema\/realisateurs\/detail_l-interview-de-stephen-frears-pour-confident-royal-victoria-and-abdul?id=9741914\">interview<\/a>, Stephen Frears confirme qu&rsquo;ils ont \u00ab\u00a0<em>invent\u00e9 une partie<\/em>\u00a0\u00bb de l&rsquo;histoire mais que cela ne concerne pour lui que des \u00ab\u00a0<em>d\u00e9tails<\/em>\u00a0\u00bb et que les faits principaux sont bien l\u00e0. On le voit aussi ci-dessous avec ces photos, l&rsquo;une \u00e0 gauche montrant les vrais Abdul et Victoria et l&rsquo;autre \u00e0 droite montrant Victoria (Judi Dench) et Abdul (Ali Fazal). Il est possible que cette sc\u00e8ne du film soit une interpr\u00e9tation \u00e0 partir de la photo d&rsquo;archive de gauche :<\/p>\n\n\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Un regard critique : la r\u00e9ception du film \u00e0 sa sortie en 2017<\/h1>\n\n\n\n<p>\u00c0 sa sortie, <a href=\"https:\/\/www.middleeasteye.net\/fr\/reportages\/confident-royal-le-film-accuse-de-blanchir-lempire-colonial-britannique\">le film a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9<\/a>. Il lui a \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9 de ne pas remettre en cause le colonialisme britannique voire de gommer les crimes coloniaux de cet empire et <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/film\/2017\/sep\/17\/victoria-and-abdul-review-rather-fun-in-a-royalist-way\">la responsabilit\u00e9 de la reine Victoria<\/a> comme le font <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/journal-hermes-la-revue-2008-3-page-25.htm \">nombre d\u2019\u0153uvres cin\u00e9matographiques actuelles<\/a>. En effet, cette tol\u00e9rance et bienveillance de la reine dans le film nous fait r\u00eaver en oubliant que cette derni\u00e8re repr\u00e9sente l&#8217;empire qui opprime le peuple indien. N\u00e9anmoins, Mohammed est le personnage qui nous rappelle que malgr\u00e9 la bienveillance envers Abdul, l&rsquo;Empire britannique, la maison et royale et la reine, sont les oppresseurs de l&rsquo;Inde et de son peuple dont font partie Mohammed et Abdul. Et finalement, cet ode \u00e0 la tol\u00e9rance et au multiculturalisme nous fait r\u00e9fl\u00e9chir sur les probl\u00e9matiques autour de l\u2019islamophobie et le racisme dans nos soci\u00e9t\u00e9s actuelles. Et ce message port\u00e9 par le film <em>Victoria &amp; Abdul<\/em> est encore plus fort puisque inspir\u00e9 de faits r\u00e9els.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><em><strong>Victoria &amp; Abdul<\/strong><\/em> (<em>Confident Royal<\/em> en version fran\u00e7aise)<strong>,<\/strong> de Stephen Frears, avec Judi Dench, Ali Fazal, Eddie Izzard, 2017, 1h52.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"text-align:center\">Voir la bande-annonce<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube aligncenter wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube centre wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"CONFIDENT ROYAL Bande Annonce VF (Judi DENCH \/\/ 2017)\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/vPMG4ZprULs?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"text-align:center\">Articles suivants<\/h2>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bienvenue dans l&rsquo;intimit\u00e9 de la souveraine du plus grand empire colonialiste du XIX\u00e8me si\u00e8cle remis au go\u00fbt du jour en 2017 par Stephen Frears dans un film au rayonnement international (notamment disponible jusqu\u2019au 12 avril 2021 sur Netflix). Nous sommes 70 ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Inde (1947) et la blessure des crimes coloniaux est encore [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":33,"featured_media":1862,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[6],"class_list":{"0":"post-75","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","6":"hentry","7":"category-categorie-1","8":"tag-accueil","10":"aesop-entry-content"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/33"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75"}],"version-history":[{"count":226,"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2194,"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75\/revisions\/2194"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1862"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}