{"id":111,"date":"2021-02-05T13:58:37","date_gmt":"2021-02-05T12:58:37","guid":{"rendered":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/?p=111"},"modified":"2021-03-25T12:48:05","modified_gmt":"2021-03-25T11:48:05","slug":"lappropriation-culturelle-dans-la-mode","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/2021\/02\/05\/lappropriation-culturelle-dans-la-mode\/","title":{"rendered":"Haute couture et appropriation : inspiration ou colonialisme culturel ?"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dreadlocks, coiffes am\u00e9rindiennes, henn\u00e9, bindi&#8230; quels usages la haute couture fait-elle des subcultures ? <\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"text-align:left\" class=\"has-drop-cap\">Depuis quelques ann\u00e9es, le monde de la haute couture fait face \u00e0 de nombreuses pol\u00e9miques. En cause : la question de l&rsquo;appropriation culturelle, d\u00e9nonc\u00e9e par les peuples spoli\u00e9s. Si les cr\u00e9ateurs se d\u00e9fendent en criant au droit \u00e0 la libre inspiration, ces emprunts ne sont pas vus de la sorte par tout le monde.  <\/p>\n\n\n\n<p>Alors entre inspiration l\u00e9gitime et appropriation culturelle, comment placer le curseur ?<\/p>\n\n\n\n\n\n<p>La notion d&rsquo;appropriation culturelle appara\u00eet dans le milieu intellectuel canadien courant des ann\u00e9es 1990. Pouss\u00e9 par les revendications de peuples autochtones qui mettent en lumi\u00e8re les nouvelles formes d&rsquo;exploitation dont ils sont victimes, des chercheurs vont penser l&rsquo;appropriation culturelle comme une <strong>d\u00e9possession culturelle<\/strong>. La notion d\u00e9signe ainsi le processus de cr\u00e9ation qui reprend des \u00e9l\u00e9ments graphiques de certaines cultures sans reprendre les codes dans lesquels s&rsquo;inscrivent ces \u00e9l\u00e9ments (il n&rsquo;est donc pas vraiment question d&rsquo;une c\u00e9l\u00e9bration mais plut\u00f4t d&rsquo;un rapt culturel). <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote is-style-default\"><blockquote class=\"has-text-color has-luminous-vivid-orange-color\"><p>En ce sens, les appropriations culturelles assimil\u00e9es \u00e0 des spoliations passent pour une forme de n\u00e9ocolonialisme<\/p><cite>Monique Jeudy-Ballini<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"text-align:left\">Si les cr\u00e9ateurs se d\u00e9fendent en convoquant leur <strong>droit \u00e0 s&rsquo;inspirer<\/strong> de cultures alternes, ceux-ci se m\u00e9prennent quant \u00e0 l&rsquo;impact de leur entreprise. En effet, le probl\u00e8me central dans l&rsquo;appropriation culturelle est celui de l&rsquo;adoption d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une subculture par des membres ext\u00e9rieurs \u00e0 cette culture qui, de fait, d\u00e9valuent l&rsquo;identit\u00e9 m\u00eame de cette culture. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors, nous objectera-t-on, pourquoi ne pas prendre exemple de ces cr\u00e9ateurs qui disent \u00ab mettre \u00e0 l&rsquo;honneur \u00bb les cultures dont ils s&rsquo;inspirent ? Et bien justement parce que leur position est pr\u00e9cis\u00e9ment celle d&rsquo;un imp\u00e9rialisme culturel. En reprenant certains \u00e9l\u00e9ments graphiques <strong>sans subir l&rsquo;oppression<\/strong>, le racisme ou les pr\u00e9jug\u00e9s dont sont victimes les personnes portant ces habits, l&rsquo;industrie de la haute couture exerce une domination symbolique. Le probl\u00e8me r\u00e9side donc essentiellement dans cette posture presque paternaliste des cr\u00e9ateurs qui intensifient des rapports d&rsquo;oppression que subissent les spoli\u00e9s.    <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" style=\"text-align:center\">Rapide tour des pol\u00e9miques d&rsquo;appropriation culturelle en haute couture<\/h3>\n\n\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/cdn.knightlab.com\/libs\/timeline3\/latest\/embed\/index.html?source=1xMcQjprmRDNn0x2zlcuhlu9FltmZxJNPS_cRpNbBggE&amp;font=Default&amp;lang=en&amp;initial_zoom=2&amp;height=650\" width=\"100%\" height=\"650\" webkitallowfullscreen=\"\" mozallowfullscreen=\"\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/p>\n\n\n\n\n\n<p>Si la plupart des cr\u00e9ateurs se d\u00e9fendent de toute appropriation culturelle, leur traitement de certaines pi\u00e8ces demeure tr\u00e8s probl\u00e9matique. En effet, la fronti\u00e8re est fine entre appropriation et c\u00e9l\u00e9bration, en t\u00e9moigne les r\u00e9centes pol\u00e9miques. <\/p>\n\n\n\n<p>La couturi\u00e8re Carolina Herrera a fait les frais de cette m\u00e9prise en juin 2019 lorsqu&rsquo;elle d\u00e9clarait que \u00ab\u00a0s&rsquo;inspirer des cultures, il n&rsquo;y a rien d&rsquo;honteux \u00e0 cela\u00a0\u00bb. Une remarque qui f\u00eet vivement r\u00e9agir les internautes sur Twitter. <\/p>\n\n\n<blockquote class=\"twitter-tweet\">\n<p dir=\"ltr\" lang=\"es\">A bueno &#8230; tenian razon esos son dise\u00f1os tradicionales mexicanos.. <a href=\"https:\/\/t.co\/SiyxN4etNo\">pic.twitter.com\/SiyxN4etNo<\/a><\/p>\n<p>\u2014 Jyumha (@jyumha) <a href=\"https:\/\/twitter.com\/jyumha\/status\/1138684126859542528?ref_src=twsrc%5Etfw\">June 12, 2019<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p> <script async=\"\" src=\"https:\/\/platform.twitter.com\/widgets.js\" charset=\"utf-8\"><\/script><\/p>\n\n\n\n<p>Emprunter \u00e0 des cultures pourrait ainsi constituer une c\u00e9l\u00e9bration en soi, mais la posture qu&rsquo;adoptent les cr\u00e9ateurs demeure probl\u00e9matique, et ce, en trois points. <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>D&rsquo;abord, le fait de s&rsquo;approprier des v\u00eatements ancr\u00e9s dans un contexte socio-historique pr\u00e9cis <strong>sans c\u00e9l\u00e9brer<\/strong> cette culture toute enti\u00e8re d\u00e9nigre les spoli\u00e9s. La <strong>d\u00e9contextualisation <\/strong>nie le marqueur identitaire que constitue le v\u00eatement.  <\/li><\/ul>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Ensuite, <strong>s&#8217;emparer de l&rsquo;histoire d&rsquo;une oppression<\/strong> \u00e0 des fins artistiques est d\u00e9rangeante.  <\/li><\/ul>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Enfin, le <strong>profit que g\u00e9n\u00e8re ces artefacts<\/strong> demeure un point extr\u00eamement probl\u00e9matique.   <\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>L&rsquo;appropriation culturelle va donc plus loin qu&rsquo;un simple emprunt, elle <strong>d\u00e9poss\u00e8de les spoli\u00e9s<\/strong> tant sur le plan culturel qu&rsquo;\u00e9conomique. Car en effet, capitaliser sur l&rsquo;esth\u00e9tique relative \u00e0 une culture \u00f4te une certaine l\u00e9gitimit\u00e9 aux peuples spoli\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, <em><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\" (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.businessoffashion.com\/reviews\/fashion-week\/just-in-marc-jacobs-autumnwinter-2017\" target=\"_blank\">Respect<\/a><\/strong><\/em><strong><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\" (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.businessoffashion.com\/reviews\/fashion-week\/just-in-marc-jacobs-autumnwinter-2017\" target=\"_blank\">, le d\u00e9fil\u00e9 2017 de Marc Jacobs<\/a><\/strong> se veut un hommage au hip-hop et style \u00ab street \u00bb. Mais le pari est rat\u00e9 : en premi\u00e8re ligne d\u00e9filent des mannequins blancs aux allures presque d\u00e9guis\u00e9es. On se la joue ghetto classe sur Park Avenue \u00e0 Manhattan et un d\u00e9fil\u00e9 sans \u00e2me se trame : <strong>quand le privil\u00e8ge blanc entrevoit l&rsquo;appropriation culturelle<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/03\/Marc-Jacobs-Fall-2017-bis-min-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-749\" width=\"641\" height=\"426\" srcset=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/03\/Marc-Jacobs-Fall-2017-bis-min-300x200.jpg 300w, https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/03\/Marc-Jacobs-Fall-2017-bis-min-768x512.jpg 768w, https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/03\/Marc-Jacobs-Fall-2017-bis-min-1800x1200.jpg 1800w, https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/03\/Marc-Jacobs-Fall-2017-bis-min-1250x833.jpg 1250w, https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/03\/Marc-Jacobs-Fall-2017-bis-min-400x267.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 641px) 100vw, 641px\" \/><figcaption>Les mannequins Marc Jacobs devant le mur de son pour le d\u00e9fil\u00e9 <em>Respect <\/em>&#8211; hiver 2017<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de l&rsquo;appropriation culturelle r\u00e9side en outre dans la glamorisation d&rsquo;attributs souvent <strong>issus de s\u00e9gr\u00e9gations<\/strong>. Imiter et rendre sensuel un lifestyle sans subir les d\u00e9savantages li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 recopi\u00e9e fait perdurer des rapports de domination. Les cr\u00e9ateurs haute couture profitent donc d&rsquo;une <strong>situation d&rsquo;oppression \u00e9conomique et culturelle<\/strong> en ne reproduisant que l&rsquo;esth\u00e9tique li\u00e9e \u00e0 cette position.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted centre\"><iframe loading=\"lazy\" class=\"juxtapose\" src=\"https:\/\/cdn.knightlab.com\/libs\/juxtapose\/latest\/embed\/index.html?uid=337f5aba-8813-11eb-83c8-ebb5d6f907df\" width=\"60%\" height=\"770\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/pre>\n\n\n\n<p>Plus largement, <a href=\"https:\/\/www.modeintextile.fr\/mode-face-a-l-appropriation-culturelle\/\"><strong>la bloggeuse Annie Khatchikian<\/strong><\/a> s&rsquo;interroge : \u00ab <em>Peut-on r\u00e9ellement capitaliser sur une subculture, qu\u2019elle soit punk, street, ou bien issue d\u2019une communaut\u00e9 minoritaire sur un territoire donn\u00e9 ? <\/em>\u00bb. Et sa question recentre le d\u00e9bat sur l&rsquo;aspect mon\u00e9taire ; car, il ne faut pas l&rsquo;oublier : l&rsquo;appropriation culturelle a toujours des <strong>implications marketing<\/strong>. Ainsi, l&rsquo;aspect \u00e9conomique est fondamental pour comprendre l&rsquo;exploitation qui se joue.  <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la m\u00eame veine, notre article sur <a href=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/2021\/02\/04\/black-is-king-quand-le-noir-est-roi\/\"><strong>le film <\/strong><\/a><em><a href=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/2021\/02\/04\/black-is-king-quand-le-noir-est-roi\/\"><strong>Black is King<\/strong><\/a><\/em><a href=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/2021\/02\/04\/black-is-king-quand-le-noir-est-roi\/\"><strong> de Beyonc\u00e9<\/strong><\/a> met en tension l&rsquo;engagement de la chanteuse : sa strat\u00e9gie marketing s&rsquo;appuie effectivement sur un militantisme fier. D\u00e8s lors, les implications \u00e9conomiques des productions culturelles contemporaines remettent en perspective l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 des cr\u00e9ations.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, emprunter des \u00e9l\u00e9ments distinctifs de cultures autres, c&rsquo;est <strong>reproduire sans cesse le m\u00eame processus colonial<\/strong>. Le mod\u00e8le imp\u00e9rialiste perdure, et avec lui une esth\u00e9tisation d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments emprunts de significations. D\u00e9filer avec un turban simplement pour sa beaut\u00e9 esth\u00e9tique glamorise l&rsquo;habit, en m\u00eame temps qu&rsquo;il lui \u00f4te toute force significative. <\/p>\n\n\n\n\n\n<p>Ainsi, l&rsquo;appropriation culturelle est plus largement li\u00e9e \u00e0 la question de l&rsquo;identit\u00e9. Les v\u00eatements sont des marqueurs sociaux, et, en ce sens, ils constituent des <strong>discours \u00e0 part enti\u00e8re<\/strong>. Porter un habit signifie bien plus qu&rsquo;un simple choix esth\u00e9tique, et le r\u00e9duire \u00e0 cela nie tous les aspects identitaires qui se jouent en lui.  <\/p>\n\n\n\n<p>Faire de l&rsquo;appropriation culturelle c&rsquo;est donc r\u00e9duire une identit\u00e9 toute enti\u00e8re \u00e0 des traits esth\u00e9tiques superficiels ; c&rsquo;est <strong>vider le signe de son sens<\/strong>.  <\/p>\n\n\n<div style=\"width: 60%;\">\n<div style=\"position: relative; padding-bottom: 80.13%; padding-top: 0; height: 0;\"><iframe loading=\"lazy\" style=\"position: absolute; top: 0; left: 30%; width: 100%; height: 100%;\" src=\"https:\/\/view.genial.ly\/6054b75d696ad40d92913895\" type=\"text\/html\" allowscriptaccess=\"always\" allowfullscreen=\"true\" scrolling=\"yes\" allownetworking=\"all\" width=\"1198\" height=\"960\" frameborder=\"0\"><\/iframe> <\/div>\n<\/p><\/div>\n\n\n\n<p>Le sociologie anglais Dick Hebdige \u00e9tudie le rapport identitaire entretenu avec les habits et l&rsquo;explique sous le terme \u00ab <strong>d&rsquo;homologie <\/strong>\u00bb.  <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote class=\"has-text-color has-pale-pink-color\"><p><em>La sous-culture punk confirme clairement cette th\u00e8se. Sa coh\u00e9rence est ind\u00e9niable. Il y a un rapport d\u2019homologie \u00e9vident entre les v\u00eatements trash, les cr\u00eates, le pogo, les amph\u00e9tamines, les crachats, les vomissements, le format des fanzines, les poses insurrectionnelles et la musique fr\u00e9n\u00e9tique et \u201csans \u00e2me\u201d. Le r\u00e9pertoire vestimentaire des punks \u00e9tait l\u2019\u00e9quivalent stylistique d\u2019un jargon obsc\u00e8ne et, de ce fait, ils parlaient comme ils s\u2019habillaient.<\/em><\/p><cite>Dick Hebdige<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Le v\u00eatement parle donc de l&rsquo;homme, de ses gouts, de sa classe, de son identit\u00e9 propre. R\u00e9utiliser des \u00e9l\u00e9ments stylistiques d&rsquo;une culture, c&rsquo;est <strong>d\u00e9tourner totalement la signification<\/strong> et l&rsquo;aspect identitaire que peut avoir le v\u00eatement. L&rsquo;offense ressentie par les peuples copi\u00e9es est ainsi d&rsquo;autant plus forte qu&rsquo;elle revient \u00e0 nier leur culture toute enti\u00e8re.  <\/p>\n\n\n\n\n\n<p>En empruntant aux diff\u00e9rentes cultures des attributs esth\u00e9tiques, les cr\u00e9ateurs <strong>d\u00e9contextualisent <\/strong>totalement les v\u00eatements. Ainsi, si le sweatshirt \u00e0 capuche s&rsquo;est d\u00e9mocratis\u00e9 avec les lignes de cr\u00e9ation <em>streetwear<\/em>, il est d&rsquo;abord un \u00e9l\u00e9ment constitutif de l&rsquo;urban culture, et motive souvent la s\u00e9gr\u00e9gation. En effet, nombreux sont les jeunes noirs-am\u00e9ricains discrimin\u00e9s pour le simple fait qu&rsquo;ils \u00ab font ghetto \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Steven Vogel, <strong><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"sp\u00e9cialiste du streetwear (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.sneakers.fr\/features\/interview-de-steven-vogel\/\" target=\"_blank\">sp\u00e9cialiste du streetwear<\/a><\/strong>, d\u00e9crit ainsi la naissance de ce style par la frustration et l&rsquo;ali\u00e9nation ressentie par les enfants des quartiers d\u00e9favoris\u00e9s. Influenc\u00e9 par de nombreuses subcultures (notamment le hip-hop, le reggae, le skateboard, etc), le streetwear entretient un <strong>rapport charnel \u00e0 la rue<\/strong>.  <\/p>\n\n\n\n<p>Reprendre uniquement l&rsquo;apparence de cette culture, c&rsquo;est n&rsquo;y reconna\u00eetre qu&rsquo;un accoutrements alors que le streetwear incarne \u00e0 l&rsquo;origine la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une marge s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9e de la population. <strong>Le streetwear s&rsquo;est institutionnalis\u00e9, <\/strong>et la haute couture a d\u00e9pouill\u00e9 les partisans du streetwear de leur force subversive.   <\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sulte une sorte d&rsquo;esth\u00e9tisation de la pr\u00e9carit\u00e9 : on sublime la pauvret\u00e9 sans en subir ses douleurs. Et, du m\u00eame coup, les cr\u00e9ateurs \u00f4tent toute l\u00e9gitimit\u00e9 aux paroles de ces populations.  <\/p>\n\n\n\n\n\n<p>En s&rsquo;inspirant d&rsquo;autres cultures, les cr\u00e9ateurs retiennent en outre des traits assez caricaturaux des cultures dont ils s&rsquo;inspirent. Ainsi, l&rsquo;\u00c9tranger y est souvent repr\u00e9sent\u00e9 selon un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;ensauvagement.  <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/longsformats.artecom.studio\/discours-colonisation\/wp-content\/uploads\/sites\/13\/2021\/03\/t\u00e9l\u00e9chargement-1-2-e1616327222304.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1027\" width=\"234\" height=\"350\"\/><figcaption>Naomi Campbell pour le d\u00e9fil\u00e9 <br>Saint Laurent 2002<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p style=\"text-align:left\">C&rsquo;est donc aussi la mani\u00e8re de mettre en sc\u00e8ne l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 qui d\u00e9range. Car si les podiums accueillent plus de diversit\u00e9 mais, ce faisant, dessine toujours une marge \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Blanches, le m\u00eame <strong>m\u00e9canisme colonialiste<\/strong> persiste. Ainsi, si l&rsquo;Autre demeure un \u00ab sauvage \u00bb, les cultures ne peuvent \u00eatre ni c\u00e9l\u00e9br\u00e9es ni mises \u00e0 l&rsquo;honneur. En ce sens, Rokhaya Diallo  parle d&rsquo;une \u00ab <strong>exotisation constante<\/strong> des cultures du monde et un renforcement des clich\u00e9s \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\" style=\"border-color:#fcb900\"><blockquote class=\"has-text-color has-light-green-cyan-color\"><p> Ces plastiques per\u00e7ues comme tr\u00e8s \u201cafricaines\u201d permettent [&#8230;] de cr\u00e9er un espace exotique au milieu de la norme blanche et blonde, ce qui laisse libre cours \u00e0 l\u2019imaginaire qui est associ\u00e9 aux femmes noires : la nature brute et sauvage et un certain primitisme associ\u00e9 \u00e0 l\u2019animalit\u00e9.<\/p><cite>Mona Chollet<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Il faut en outre souligner <strong>l&rsquo;asym\u00e9trie<\/strong> caract\u00e9ristique de l&rsquo;appropriation culturelle : des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9nigr\u00e9s sur les personnes issues des subcultures deviennent magnifi\u00e9s sur des mannequins blancs. Ainsi, on remarquera que l&rsquo;utilisation du wax est vant\u00e9e dans le d\u00e9fil\u00e9 Stella McCartney 2018 quand il est jug\u00e9 sans int\u00e9r\u00eat chez des cr\u00e9ateurs africains.<\/p>\n\n\n\n\n\n<p>Au vu de la fr\u00e9quence de pol\u00e9miques autour de l&rsquo;appropriation culturelle dans le milieu de la haute couture, il serait l\u00e9gitime de se questionner quant aux motivations r\u00e9elles des cr\u00e9ateurs. En effet, <strong>le badbuzz a le m\u00e9rite de faire de la publicit\u00e9<\/strong>, strat\u00e9gie qui peut se r\u00e9v\u00e9ler fructueuse pour des maisons de haute couture.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>badvertising <\/strong>d\u00e9signe ainsi \u00ab <em>l&rsquo;art de mettre en sc\u00e8ne un scandale, en le cr\u00e9ant de toutes pi\u00e8ces ou en l&rsquo;orchestrant, pour g\u00e9n\u00e9rer une importante visibilit\u00e9 m\u00e9diatique et sociale pour son auteur<\/em> \u00bb (Julie Rivoire, planneuse strat\u00e9gique de l&rsquo;agence Oxygen). D\u00e8s lors, l&rsquo;appropriation culturelle, si elle offense les subcultures et agit \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un colonialisme culturel, offre une vitrine saisissante pour les cr\u00e9ateurs.<\/p>\n\n\n<div class=\"apester-media\" data-media-id=\"60549da27abf160009da443d\" height=\"482\"><\/div>\n<p><script async=\"\" src=\"https:\/\/static.apester.com\/js\/sdk\/latest\/apester-sdk.js\"><\/script><\/p>\n\n\n\n\n\n<p>Alors comment s&rsquo;inspirer d&rsquo;autres cultures sans faire de l&rsquo;appropriation culturelle ? Eh bien la r\u00e9ponse est qu&rsquo;il faut que les personnes qui cr\u00e9ent le fasse dans <strong>l&rsquo;inclusion<\/strong>, qu&rsquo;elle soit mat\u00e9rielle ou \u00e9conomique. <\/p>\n\n\n\n<p>Entre emprunt et appropriation, la fronti\u00e8re porte essentiellement sur la reconnaissance. Les cultures spoli\u00e9es doivent \u00eatre <strong>r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es <\/strong>et doivent <strong>faire partie int\u00e9grante<\/strong> du processus de cr\u00e9ation. Plus de mannequins issues de ces cultures doivent \u00eatre mis sur le devant de la sc\u00e8ne. Sans cela, la haute couture perdurera dans un mod\u00e8le colonialiste.  <\/p>\n\n\n\n<p>Pour reprendre l&rsquo;anthropologue Monique Jeudy-Ballini, \u00ab <strong>faire du soi avec de l&rsquo;autre<\/strong> \u00bb est possible, \u00e0 condition que soient respect\u00e9es et v\u00e9ritablement honor\u00e9es les cultures dont sont inspir\u00e9es les pi\u00e8ces cr\u00e9\u00e9es.  <\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, on peut reconna\u00eetre \u00e0 Jean-Paul Gaultier qu&rsquo;il est un des rares cr\u00e9ateurs \u00e0 faire d\u00e9filer des femmes dites \u00ab typ\u00e9es \u00bb : m\u00e9tisse, asiatiques, noires, arabes, etc. Dans cette configuration, l&#8217;emprunt a v\u00e9ritablement valeur de c\u00e9l\u00e9bration. <\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, et on ne saurait trop le souligner, c\u00e9l\u00e9brer la \u00ab\u00a0diversit\u00e9\u00a0\u00bb et travailler \u00e0 l&rsquo;inclusion poss\u00e8de aussi ses limites. La \u00ab\u00a0mixit\u00e9\u00a0\u00bb tant pr\u00f4n\u00e9e par certains cr\u00e9ateurs peut facilement tomber dans le paternalisme ethnocentriste.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, sur les mani\u00e8res de cr\u00e9er en s&rsquo;inspirant sans s&rsquo;approprier, <strong><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\" (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.thegoodgoods.fr\/societe\/expert-clemence-keyholes-snapshots-lappropriation-culturelle\/?fbclid=IwAR2ImgDZY9kZvqPud9cY2Q21k9nQgPKq5MJ7RgjlGUmJ8faHjIMmi4eVaH0\" target=\"_blank\">The Good Goods<\/a><\/strong> d\u00e9crypte pour nous tout un attirail de m\u00e9thodes consciencieuses. <\/p>\n\n\n<p><iframe loading=\"lazy\" id=\"ausha-o0ME\" style=\"border: none; width:100%; height:220px\" src=\"https:\/\/player.ausha.co\/index.html?podcastId=oZgDmuY4597X&amp;v=3&amp;playerId=ausha-o0ME\" height=\"220\" frameborder=\"0\"><\/iframe><script src=\"https:\/\/player.ausha.co\/ausha-player.js\"><\/script><\/p>\n\n\n\n<p>Une belle mani\u00e8re de cr\u00e9er dans l&rsquo;inclusion en s&rsquo;affranchissant de logiques coloniales.<\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dreadlocks, coiffes am\u00e9rindiennes, henn\u00e9, bindi&#8230; quels usages la haute couture fait-elle des subcultures ? Depuis quelques ann\u00e9es, le monde de la haute couture fait face \u00e0 de nombreuses pol\u00e9miques. En cause : la question de l&rsquo;appropriation culturelle, d\u00e9nonc\u00e9e par les peuples spoli\u00e9s. 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